Balcon en bois surplombant le plan d'eau naturel arboré, hôtel O Mamma Mia à Lourmarin

Le château, le cimetière et l'ombre de Camus

Le premier château Renaissance de Provence et la tombe d'Albert Camus se trouvent aux deux bouts du même village. Voici ce qu'on y voit, ce qu'il faut savoir avant d'y aller, et comment visiter le cimetière sans déranger personne.

Un village, deux visites

Lourmarin tient dans une poignée de rues. À une extrémité, en lisière de plaine, le château. À l'autre, le cimetière communal, où repose Albert Camus. Quelques minutes de marche séparent les deux, et entre elles s'étend un village qui a servi de refuge à trois générations d'écrivains.

Ce guide prépare cette double visite : l'histoire du château et ce qu'on y voit, l'arrivée de Camus dans le Luberon, la tombe et la manière de s'y comporter. Autant le dire tout de suite : la maison de l'écrivain, elle, ne se visite pas.

L'ordre le plus commode, si vous arrivez en voiture :

  • Le château, en bordure du village, côté plaine.
  • La rue Albert-Camus et le vieux village, à pied.
  • Le cimetière communal, avenue Henri-Bosco.

Le château de Lourmarin, premier château Renaissance de Provence

La formule revient partout, et elle est fondée : l'aile Renaissance de Lourmarin est la première du genre élevée en Provence. Le bâtiment se lit en deux temps, et c'est ce qui le rend intéressant à regarder de l'extérieur avant même d'entrer.

Le château vieux et le château neuf

Le corps le plus ancien date de la fin du XVe siècle. Foulques d'Agoult le fait construire sur les vestiges d'une forteresse du XIIe. L'architecture reste médiévale : masse compacte, allure défensive, peu d'ouvertures.

À partir de 1526, Louis d'Agoult-Montauban et son épouse font bâtir l'aile Renaissance, d'une unité de style rare pour la région. La tradition veut que François Ier, rentrant d'Italie, se soit arrêté ici en 1537, et que le chantier se soit poursuivi ensuite sous Blanche de Lévis-Ventadour. Une grosse tour carrée relie les deux corps de bâtiment. On passe ainsi, en quelques pas, du Moyen Âge à l'Italie.

Ce que l'on voit à l'intérieur

  • Le grand escalier à vis, qui monte autour d'une colonne centrale. C'est la pièce la plus commentée de la visite, et la plus difficile à photographier.
  • La loggia à l'italienne, galerie ouverte greffée sur la façade — le geste le plus franchement Renaissance du lieu.
  • Les cheminées, dont une portée par des cariatides aux visages amérindiens. Une curiosité, à une époque où l'Amérique venait à peine d'entrer dans l'imaginaire européen.
  • Des salles meublées, garnies de collections du XVe au XIXe siècle : mobilier, objets d'art, instruments de musique, bibliothèque.
  • Les terrasses, d'où le regard porte sur la plaine et sur le massif.

Comptez environ une heure pour en faire le tour sans courir. Un jeu de piste est généralement proposé aux familles, ce qui aide avec des enfants.

Avant de vous déplacer

Les horaires varient selon la saison et l'entrée est payante. Le château accueille par ailleurs des concerts et des expositions, qui peuvent modifier l'accès certains jours. Consultez le site officiel du château avant de partir : c'est la seule source à jour.

Un mot sur le stationnement : aux beaux jours, se garer dans Lourmarin demande de la patience. Si vous logez à proximité, venir à pied ou à vélo règle la question.

Robert Laurent-Vibert, l'homme qui a sauvé le château

En 1920, le château n'est plus qu'une carcasse. Vidé après la Révolution, il sert d'abri de fortune au XIXe siècle. Il est mis aux enchères, et l'on parle sérieusement de le démonter pour récupérer ses pierres.

Robert Laurent-Vibert, industriel lyonnais et amateur d'art, l'achète. Il le fait restaurer entre 1921 et 1923 avec l'architecte Henri Pacon, puis y installe son mobilier, ses objets, ses instruments de musique et sa bibliothèque. Son projet est déjà clair : faire du château une maison d'artistes.

Il meurt dans un accident de voiture en avril 1925, le chantier à peine achevé. Par testament, il lègue le domaine à l'Académie d'Aix, à charge pour elle de créer une fondation. Les statuts sont approuvés en 1927 et la Fondation de Lourmarin Laurent-Vibert est reconnue d'utilité publique.

Une résidence d'artistes depuis 1929

Depuis 1929, sans interruption, la fondation accueille chaque année de jeunes artistes et chercheurs. Ils sont logés gratuitement, au château ou dans une maison voisine, et reçoivent une allocation pour vivre. Musiciens, plasticiens, graveurs, sculpteurs, écrivains : près de six cents pensionnaires depuis la création. D'où le surnom qui colle au lieu, la Villa Médicis de Provence.

Le pianiste Jean-Yves Thibaudet y a séjourné en 1980, le claveciniste Christophe Rousset en 1983. La fondation programme une trentaine de concerts par an, souvent portés par ces jeunes musiciens ; l'été, certains se donnent sur les terrasses. Ce n'est donc pas un monument endormi : on y travaille toute l'année.

Un nom, dans cette longue liste, mène droit à la seconde moitié de ce guide. Jean Grenier, pensionnaire en 1930-1931, était le professeur de philosophie d'un lycéen d'Alger nommé Albert Camus.

Réception au sol de pierre et porte en fer forgé, hôtel O Mamma Mia à Lourmarin

Albert Camus à Lourmarin

Comment il est arrivé là

Camus entend parler de Lourmarin par Jean Grenier, resté son maître puis son ami. René Char, qu'il va voir à L'Isle-sur-la-Sorgue, pousse dans le même sens. Et il y a le paysage : la sécheresse, la lumière rase, les collines pelées. Quelque chose d'algérien, pour un homme qui ne rentrera plus chez lui.

En 1958, avec l'argent du prix Nobel reçu l'année précédente, il achète une ancienne magnanerie dans le vieux village, grand'rue de l'Église. La rue porte aujourd'hui son nom.

Une maison privée, pas un musée

La maison ne se visite pas. Elle est restée dans la famille et demeure une propriété privée, habitée. Vous passerez devant sans forcément la reconnaître, et c'est très bien ainsi. Camus tenait à sa tranquillité : la mémoire locale rapporte qu'il se faisait appeler « M. Terrasse » pour qu'on lui laisse la paix, et qu'on le croisait au café du village comme n'importe quel habitant.

C'est là, à l'automne 1959, qu'il travaille au manuscrit du Premier Homme, roman autobiographique resté inachevé et publié bien après sa mort.

Le 4 janvier 1960

Il devait rentrer à Paris en train. Il monte finalement dans la voiture de son éditeur et ami Michel Gallimard, avec Janine Gallimard. La voiture quitte la route. Camus est tué sur le coup. Il est enterré à Lourmarin quelques jours plus tard, dans le village où il avait cherché du silence.

La tombe d'Albert Camus, au cimetière communal

Le cimetière se trouve avenue Henri-Bosco, en sortie de village. C'est un cimetière communal ordinaire, en activité, d'accès libre. Ni billet, ni boutique, ni fléchage tapageur.

Comment la trouver

Ne cherchez pas un monument, vous passeriez devant. La tombe de Camus est une pierre basse, posée au sol, à demi mangée par le romarin et les iris, à l'ombre d'un laurier-rose. Elle porte un nom et deux dates, 1913-1960. Rien d'autre.

Juste à côté repose Francine Camus, née Faure (1914-1979), sa femme, pianiste. Les deux parcelles se ressemblent : même sobriété, mêmes plantes, même absence de mise en scène.

Le cimetière est petit et quelques minutes suffisent pour en faire le tour. En cherchant, vous croiserez d'autres noms : Henri Bosco, l'ancien ministre Raoul Dautry, ou le poète Christian Gabrielle Guez Ricord.

Le respect dû au lieu

C'est le point important de ce guide. Ce cimetière n'est pas un site touristique : des habitants de Lourmarin y viennent pour leurs propres morts, parfois au moment même où vous cherchez la tombe. Quelques règles simples, qui vont de soi mais qu'on oublie vite en groupe :

  • Parlez bas. Un cimetière de village porte les voix d'un bout à l'autre.
  • Ne montez pas sur les dalles voisines pour cadrer une photo.
  • Ne prélevez rien : pas un brin de romarin, pas un caillou.
  • Si vous laissez quelque chose, laissez peu, et rien de plastique.
  • Renoncez à la visite un jour de funérailles.

La modestie de cette pierre n'est pas un hasard. En 2009, il a été question de transférer Camus au Panthéon ; son fils s'y est opposé et il est resté ici. C'est cohérent avec ce que Lourmarin lui avait offert : rien de plus qu'un endroit où travailler et se taire.

Henri Bosco, l'autre écrivain de Lourmarin

Si le cimetière se trouve avenue Henri-Bosco, ce n'est pas un hasard. Né à Avignon en 1888, mort à Nice en 1976, Bosco a partagé une grande partie de sa vie entre un bastidon perdu dans les collines et le château, dont il administrait la fondation depuis 1941. Les deux visites de ce guide se rejoignent donc en lui.

Il avait demandé, par écrit, qu'on ramène ses cendres à Lourmarin s'il venait à mourir ailleurs. Le vœu a été respecté. Sa tombe est une dalle simple, surmontée d'une stèle portant des caractères grecs.

Ses livres sont nés de ces collines : Le Mas Théotime, prix Renaudot 1945, L'Enfant et la Rivière, Malicroix. On les lit encore beaucoup en Provence, moins ailleurs. Si vous passez quelques jours dans le sud Luberon, c'est une lecture qui va avec le paysage que vous avez sous les yeux.

Prolonger la visite

Le château se visite en une heure, le cimetière en dix minutes. Il reste de la journée. Quelques prolongements qui tiennent debout :

Notre maison, O Mamma Mia, se trouve route d'Apt, à quelques minutes du village, sur un domaine traversé par l'Aigues Brun : plan d'eau naturel, terrasse sous des arbres centenaires, parking gratuit et réception ouverte 24h/24. Le parking gratuit compte plus qu'il n'y paraît un vendredi de marché. Nous louons également des vélos électriques, 25 € la demi-journée et 39 € la journée, sur réservation : le château, le cimetière et les villages voisins se font très bien ainsi.

Le restaurant sert midi et soir, sept jours sur sept — cuisine italienne et thaïe, bar à cocktails maison. Déjeuner de 12h00 à 14h00, dîner de 19h00 à 23h00. Après une matinée passée à monter et descendre l'escalier à vis, la terrasse à l'ombre fait son effet, et le plan d'eau naturel encore plus.

Terrasse du restaurant sous la pergola et bar en zinc, hôtel O Mamma Mia à Lourmarin

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