Le Luberon à vélo électrique, sans souffrir dans les côtes
Les villages du Luberon sont perchés, et Lourmarin est en bas : ici, chaque belle journée commence par une montée. Quatre itinéraires au départ du village, la voie verte du Calavon, et ce qu'il faut vraiment savoir avant de partir en été.
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Le Luberon se regarde d'en bas et se visite d'en haut. Les villages qui font sa réputation ont tous été bâtis sur une crête ou un éperon rocheux, pour voir venir. Depuis Lourmarin, posé au débouché de la combe, presque toute belle journée commence donc par une montée.
C'est ce que le vélo à assistance électrique vient changer. Pas le paysage, qui n'a besoin de personne, mais le calcul que l'on fait devant une carte : est-ce que je vais pouvoir rentrer ? Avec un moteur, la réponse est oui.
Ce guide est écrit depuis le pied du massif. Des itinéraires réels, des durées plutôt que des kilomètres — ici, un kilomètre de plaine et un kilomètre de combe n'ont rien à voir — et quelques précautions que l'on n'apprend d'ordinaire qu'une fois sur place.
Pourquoi l'électrique change tout dans le Luberon
Le massif se lit en deux blocs. À l'ouest le Petit Luberon, plateau boisé dont la forêt de cèdres s'étend autour de 700 mètres. À l'est le Grand Luberon, dominé par le Mourre Nègre et ses 1 125 mètres. Entre les deux, la combe de Lourmarin : seule route qui traverse le massif du nord au sud dans cette partie du parc.
Rien d'alpin. Mais des pentes courtes et raides, répétées, presque à chaque village. La boucle balisée qui fait le tour du massif cumule environ 2 620 mètres de dénivelé positif : cela donne une idée de ce que réclame un relief qui semble tranquille vu depuis la voiture. Ajoutez le mistral et la chaleur de juillet, et l'on comprend pourquoi tant de vacanciers renoncent à sortir le vélo.
L'assistance efface ce calcul. Elle ne rend pas le trajet passif, mais transforme une montée redoutée en effort régulier. Un couple qui se serait contenté du marché du village peut, en électrique, aller déjeuner à Cucuron, passer par Ansouis et rentrer avant l'apéritif.
Ce que l'assistance ne fait pas
- Le moteur se coupe à 25 km/h. Au-delà, vous roulez à la force des jambes, sur un vélo lourd : inutile d'espérer avaler la plaine à vive allure.
- L'autonomie n'est pas un chiffre fixe. Elle dépend du mode, du poids transporté, du vent et surtout du dénivelé. Mode économique sur le plat, puissance gardée pour les montées, et prévoyez de rentrer avec environ un tiers de batterie.
- Un vélo électrique est lourd. En descente, notamment dans la combe, il faut freiner plus tôt et se méfier des virages où l'on arrive vite sans s'en apercevoir.
Quatre itinéraires au départ de Lourmarin
Les durées sont larges : elles incluent les pauses et un café. Toutes ces sorties partent du village et y reviennent.
1. Les villages du Sud : Vaugines, Cucuron, Ansouis
Facile à modéré · 3 à 4 heures
On quitte Lourmarin par l'est, sur les petites routes qui longent le pied du Grand Luberon, entre vignes, oliviers et murs de pierre sèche. Vaugines arrive vite : on s'y arrête pour son église romane, isolée à l'écart des maisons, dont la façade et la fontaine voisine ont servi de décor à Claude Berri pour Jean de Florette et Manon des sources.
Puis Cucuron et son bassin de l'Étang, grand rectangle d'eau bordé de platanes plantés pour l'essentiel au début du XIXe siècle, terrasses tout autour. Le mardi matin, le marché s'installe sur ses berges.
Ansouis demande une dernière montée, courte mais franche, jusqu'au château qui domine la plaine de la Durance : c'est là que l'assistance justifie sa location. Le village fait partie, avec Lourmarin, Gordes, Ménerbes et Roussillon, des cinq Plus Beaux Villages de France du Luberon. Retour par La Motte-d'Aigues, ou boucle plus longue par Cabrières-d'Aigues et l'étang de la Bonde.
2. La combe de Lourmarin et Bonnieux
Soutenu · environ 3 heures
La combe est la faille qui sépare les deux Luberon, creusée par l'Aigue Brun — la rivière qui borde ensuite le domaine de l'hôtel, en bas. La route la remonte régulièrement, puis bascule sur le versant nord.
Un avertissement s'impose : la D943 est étroite, sans accotement, et supporte un trafic important, poids lourds compris. Partez tôt, évitez les week-ends et les fins d'après-midi d'août, allumez un feu arrière même en plein jour. C'est une belle montée, mais elle se partage.
La récompense est de l'autre côté : Bonnieux accroché à son versant, et depuis sa terrasse haute la vallée du Calavon ouverte jusqu'aux Monts de Vaucluse. Deux prolongements, selon la batterie restante. Vers l'ouest, la route qui grimpe à la forêt de cèdres du Petit Luberon offre de l'ombre et un air plus frais. Vers l'est, la vallée de l'Aigue Brun mène au vallon de Buoux et à son fort perché, dont les horaires varient au fil de l'année. Dans les deux cas, la réglementation estivale décrite plus bas s'applique.
3. La voie verte du Calavon et le Pont Julien
Facile une fois là-haut · la journée
De l'autre côté du massif court la véloroute — voie verte du Calavon, aménagée sur l'emprise de l'ancienne voie ferrée entre Robion et la D48 vers Castellet. Environ 45 kilomètres par Coustellet, Les Beaumettes et Apt, profil quasi plat : 190 mètres de dénivelé cumulé sur tout le tracé. Revêtement dur, piste séparée du trafic, à l'exception de quelques centaines de mètres dans les villages traversés et d'environ 2 kilomètres au lieu-dit Le Chêne.
Elle fait partie de La Méditerranée à vélo, l'itinéraire européen EuroVelo 8, qui doit relier à terme l'Espagne à Chypre. Sur son tracé, le Pont Julien : pont romain de la via Domitia, fermé aux voitures depuis 2005 et réservé aux piétons et aux cyclistes. On le traverse, ce qui reste la meilleure façon de le voir.
Depuis Lourmarin, c'est une vraie journée : il faut franchir le massif par la combe, puis le refranchir au retour. Partez tôt, gardez de la batterie pour le soir.
4. La Durance et l'abbaye de Silvacane
Facile · une demi-journée
Vers le sud, la route descend doucement vers Cadenet, dont le marché du lundi se tient depuis le XVIe siècle, puis vers la Durance. On franchit la rivière pour rejoindre La Roque-d'Anthéron et l'abbaye cistercienne de Silvacane, bâtie à partir du XIIe siècle au bord des roseaux qui lui ont donné son nom. Elle se visite ; horaires et tarifs varient selon la saison, vérifiez avant de vous déplacer.
La plaine est plate mais très exposée au vent, et le retour remonte insensiblement : gardez-en sous le pied. Depuis La Roque-d'Anthéron, une voie verte suit la Durance vers l'ouest, si vous voulez allonger.
Aller plus loin : la boucle autour du Luberon
Pour plusieurs jours, l'itinéraire balisé « Autour du Luberon » fait le tour complet du massif : de l'ordre de 240 kilomètres et 2 620 mètres de dénivelé positif, en six ou sept étapes selon les topoguides, fléché dans les deux sens — le sens antihoraire est généralement recommandé. Lourmarin est sur le tracé : point de départ ou étape logique.
En électrique, la seule contrainte supplémentaire est la recharge : signalez-le à chaque hébergement en réservant, et emportez le chargeur. Pour choisir où poser vos sacoches ici, notre guide où dormir à Lourmarin détaille les quartiers du village.
Quand partir, et à quelle heure
Deux fenêtres se détachent : avril à juin, puis septembre et octobre. Lumière belle, températures tenables, routes moins encombrées. En été, la question n'est pas de savoir si vous allez rouler, mais quand : partez à l'aube, rentrez avant midi, ressortez après 17 heures. Entre 13 et 16 heures, la plaine du Sud Luberon est un four et l'ombre y est rare. En hiver, le froid réduit l'autonomie des batteries et la combe reste à l'ombre une bonne partie de la journée. Quant au mistral, la règle est simple : partez face au vent, rentrez avec lui.
L'été, vérifiez l'accès aux massifs
C'est le point que les visiteurs découvrent souvent trop tard. Du 15 juin au 15 septembre, l'accès aux massifs forestiers du Vaucluse est réglementé chaque jour par arrêté préfectoral, en fonction du risque d'incendie. Une carte officielle est mise à jour quotidiennement, en fin d'après-midi pour le lendemain : vert (accès libre), jaune (accès possible, sorties conseillées le matin), rouge (accès interdit dans la journée, sauf dérogation), rouge extrême (accès interdit).
La règle vise les pistes, chemins et routes forestières du Petit et du Grand Luberon, non les départementales qui relient les villages. Un jour rouge, la forêt de cèdres est fermée. Consultez la carte de la préfecture de Vaucluse la veille au soir, et gardez un itinéraire de repli du côté des vignes.
Ce qu'il faut emporter
- De l'eau, plus que vous ne le pensez. Les fontaines de village dépannent ; entre deux villages, il n'y a rien.
- Un antivol sérieux, y compris pour un café de dix minutes : un vélo électrique attire l'œil.
- Un coupe-vent léger : la descente de la combe est fraîche, même en juillet.
- Crème solaire et lunettes. Le casque est obligatoire pour les moins de douze ans, raisonnable pour tous sur ces routes étroites.
- Un peu d'espèces : marchés, producteurs, cafés de village.
- Un téléphone chargé et une carte hors ligne : le réseau disparaît dans les combes.
- Le numéro du loueur et l'heure de restitution du vélo.
Où faire une pause
La meilleure façon de construire une sortie ici est de la caler sur un marché. Lourmarin le vendredi matin toute l'année ; Cucuron le mardi matin autour du bassin ; Cadenet le lundi ; Ansouis le dimanche. Notre guide du marché de Lourmarin entre dans le détail des étals et des horaires.
Pour une pause dans l'eau, l'étang de la Bonde, entre Cabrières-d'Aigues et La Motte-d'Aigues, est le plus grand plan d'eau du massif ; la baignade y est surveillée en été sur la plage principale, selon les arrêtés de l'année : une serviette dans la sacoche ne pèse rien. Pour l'ombre, il y a les places : les platanes de Cucuron, ceux de Lourmarin, la terrasse haute de Bonnieux. Hors saison, beaucoup de cafés ferment tôt l'après-midi.
Louer un vélo électrique à Lourmarin
À l'hôtel O Mamma Mia, la location de vélos à assistance électrique est proposée à 25 € la demi-journée et 39 € la journée, sur réservation. Le départ est commode : le domaine se trouve au 21 route d'Apt, à l'entrée du village ; on démarre à plat et l'on choisit son versant — le sud et ses villages de vignes, ou le nord par la combe. Parking gratuit, réception ouverte 24 h/24, ce qui règle la question des départs à l'aube en été.
Au retour, le domaine est bordé par l'Aigue Brun, la rivière même des gorges de la combe, avec son plan d'eau naturel sous des arbres centenaires. C'est le meilleur usage possible d'une fin d'après-midi de juillet, et la terrasse du restaurant est à trois pas.
Pour le reste du séjour, voyez notre guide que faire à Lourmarin et notre tour d'horizon des plus beaux villages du Luberon : plusieurs se rejoignent très bien à vélo, ce qui reste la façon la plus simple d'échapper aux parkings de juillet.